Une nouvelle analyse démonte le mythe de la “modulation rentable”
Paris, le 23/02/2026
La Fédération Environnement Durable (FED) prend acte de la publication de l’analyse du blog Sens Politique intitulée « La modulation nucléaire fait-elle gagner de l'argent à EDF ? – Autopsie d’un mythe » (1), fondée sur le document officiel d’EDF « Rapport sur la modulation du parc de production », publié le 16 février 2026. Ce rapport technique de 60 pages, rédigé par les équipes d’EDF et rendu public après la promulgation de la PPE 3, a confirmé ce que la FED alerte depuis des années : la trajectoire énergétique imposée par la PPE 3, fondée sur l’augmentation massive des capacités éoliennes et solaires intermittentes, fragilise économiquement le parc nucléaire français.
Un mensonge économique désormais documenté
Depuis plusieurs mois, un discours répété affirme que la modulation du nucléaire permettrait à EDF « d’optimiser ses revenus ». Le rapport d’EDF démontre exactement l’inverse. La modulation ne crée pas de valeur ; elle constitue une réaction défensive face à une dégradation du marché.
Une centrale nucléaire supporte l’essentiel de ses coûts qu’elle produise beaucoup ou peu : les équipes sont mobilisées en permanence, la maintenance et la sûreté restent inchangées, les investissements doivent être amortis. La conséquence est simple : moins la centrale produit, plus chaque mégawattheure coûte cher. Le nucléaire est économiquement performant lorsqu’il fonctionne en continu. Le contraindre à s’effacer en pleine journée pour absorber les pics de production solaire revient à détourner un outil industriel stratégique de sa vocation.
Une mécanique destructrice imposée par l’intermittence
Pourquoi EDF réduit-elle sa production ? Parce que les périodes de prix très bas, voire négatifs, se multiplient sur le marché de l’électricité, principalement en milieu de journée lorsque la production solaire est abondante. Dans ces situations, EDF n’a que deux options : vendre à prix très faible, voire à perte, ou réduire temporairement sa production. EDF réduit. Mais éviter de perdre davantage ne signifie pas gagner de l’argent. Il s’agit d’un ajustement contraint face à une surproduction intermittente encouragée par la PPE 3.
Le rapport met en évidence l’augmentation rapide des volumes de modulation ces dernières années. Cette évolution entraîne des arrêts et redémarrages plus fréquents, une usure accélérée des équipements, des coûts de maintenance supplémentaires et surtout une perte de revenus liée à l’électricité non produite. Lorsque la production diminue, les coûts fixes restent identiques et se répartissent sur un volume plus faible : le coût unitaire du nucléaire augmente mécaniquement. La modulation ne réduit pas les charges du système électrique, elle les aggrave.
Cette situation découle directement de l’organisation actuelle du marché. L’éolien et le solaire bénéficient d’une priorité d’injection et de mécanismes publics garantissant leurs revenus. Lorsqu’ils produisent massivement, l’offre dépasse la demande, les prix chutent et le nucléaire est contraint de s’effacer. Il ne s’agit pas d’un choix stratégique d’EDF, mais d’une contrainte structurelle amplifiée par la PPE 3.
Une fuite en avant aux frais de la collectivité
Les conséquences sont supportées par la collectivité. Lorsque le nucléaire produit moins, ses coûts fixes demeurent, son coût unitaire augmente et la perte de revenus affecte l’entreprise. Or EDF appartient à l’État : cela concerne directement les finances publiques, les contribuables et les consommateurs d’électricité.
Affirmer que la modulation « fait gagner de l’argent » à EDF revient à comparer deux situations défavorables : vendre à perte ou produire moins. Dans les deux cas, EDF est pénalisée par rapport à un fonctionnement normal et continu de son parc.
Le rapport d’EDF est sans ambiguïté : la modulation est une contrainte subie, non une stratégie rentable.
La Fédération Environnement Durable, aux côtés de nombreuses autres associations nationales et régionales, a déposé un recours devant le Conseil d’État afin d’obtenir l’annulation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3). Cette programmation porte une atteinte grave au fonctionnement industriel et économique de la filière nucléaire française, avec des conséquences qui pourraient, à terme, soulever des questions majeures en matière de sûreté et de sécurité du système électrique.
1) https://www.senspo.fr/editorials/la-modulation-nucleaire-fait-elle-gagner-de-largent-a-edf-autopsie-dun-mythe